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Gangstérisation : Il faut éviter « un massacre à la Rwanda (ise) en Haïti », conseille le Dr William Pape

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Le Directeur et fondateur des Centres GHESKIO, le Dr Jean William Pape a accordé en début de semaine, un long entretien à la Radio France Internationale (RFI). Au cours de cette interview, le médecin, membre du comité scientifique de l’OMS, a passé en revue la situation sécuritaire d’Haïti. À son avis, « il y a un génocide qui se prépare dans le pays, alors qu’on laisse la situation pourrir». Exprimant ses inquiétudes, il a conseillé aux autorités compétentes d’éviter « un massacre à la Rwanda (ise) en Haïti»

LE FACTEUR HAÏTI, le 9 Mars 2023._ Il faut éviter « un massacre à la Rwanda (ise) en Haïti », tel est le cri de cœur poussé par le Dr Jean William Pape, lors d’une interview à RFI autour de la recrudescence des actes de banditisme dans le pays.

Lors de son entretien, le Directeur des Centres GHESKIO a déclaré qu’il y a une situation tout à fait désespérée en Haïti, en raison de la multiplication des cas d’enlèvement, de viol et d’assassinat dans le pays.

« On n’a plus de gouvernement, on n’a plus d’État, la situation d’insécurité s’aggrave tous les jours, on voit de plus en plus que ça affecte tous les secteurs de la société, les enfants ne peuvent plus aller à l’école, il n’y a pas un seul groupe de la société qui n’a pas été kidnappé, les médecins en particulier. Je crois qu’il y en a plus de dix qui ont été kidnappés depuis le début de l’année, les prêtres sont kidnappés, les professeurs sont kidnappés, les petits marchands de rue sont kidnappés. Donc, c’est un phénomène qui n’échappe à personne. Voilà le cri d’alarme. Il aurait dû être lancé déjà depuis plusieurs mois », a t-il laissé entendre.

Un militant politique dénonce le kidnapping en Haïti/ CP : Auteur (e) inconnu (e)

Médecin de son état et membre du Comité scientifique de l’OMS, il a supplié les dirigeants d’éviter un bain de sang à la Rwanda (ise) en Haïti.

« On a beaucoup de caractéristiques en commun avec le Rwanda.On a à peu près le même nombre au point de vue population, on a un PIB plus ou moins comparable et un pays très montagneux de la même superficie environ qu’Haïti. Et ce qui se passe chez nous actuellement, c’est qu’il y a énormément d’armes de gros calibre en circulation, entre les mains de civils et de groupes armés.La police est tout à fait impuissante, nous avons une armée qui est sous-équipée en effectifs et en armes. Et il y a également l’incitation à la violence sur les réseaux sociaux. Vous vous rappelez la radio Mille collines au Rwanda, c’est comme ça que ça avait commencé.On va vers une guerre civile qui va provoquer un massacre considérable, à cause justement des protagonistes qui sont sur le terrain, des divergences politiques, et également de la quantité d’armes qui se trouvent en Haïti », prévient-il.

Répondant à la question relative à la demande d’aide militaire sollicitée par le Gouvernement haïtien auprès de la communauté internationale, Dr Pape dit croire qu’il aurait été plus correct et plus honnête pour les autorités canadiennes de dire qu’elles n’ont pas l’expérience de lutter contre les groupes armés.

« Je crois que ce n’est pas très sérieux, parce que depuis les sanctions, on aurait cru que la situation se serait améliorée. En fait, elle s’est détériorée. C’est comme si on avait donné le feu vert ou pressé l’accélérateur pour faire de ce pays un enfer. Je dois vous dire franchement, les premiers responsables de la crise actuelle sont clairement les Haïtiens qui, à cause de leurs intérêts mesquins, n’arrivent pas à s’entendre, même sur un sujet aussi brulant que l’insécurité, ça c’est clair », a t-il dénoncé.

Des Haïtiens crachent leur ras-le-bol à travers les rues/ Photo : Google

Au terme de son intretien, le Médecin s’en était pris à la communauté internationale qui, selon lui, joue un rôle prépondérant dans la situation actuelle du pays.

« La communauté internationale a aussi une grande part de responsabilité, quand cette détérioration a eu lieu sous ses yeux alors que le pays était occupé, dans un certain sens. Et donc, vous avez également une part de responsabilité. Aidez-nous, nous allons le faire ensemble, parce que nous autres Haïtiens, on est également responsables. On va le faire ensemble, et pour le moment, nous ne pouvons pas le faire tout seul, parce que Haïti est oublié, complètement. On parle de l’Ukraine, on parle du tremblement de terre en Turquie, mais il y a un génocide qui se prépare ici et on laisse la situation pourrir, tout le monde à ce moment-là sera à genoux, et je crois qu’il est préférable d’éviter justement ce massacre, qui s’aggrave pratiquement tous les jours », a t-il conseillé en guise de conclusion.

Il faut rappeler que dans un rapport publié sur les derniers affrontements armés éclatés dans plusieurs quartiers de la périphérie de Port-au-Prince, notamment au Bel’Air, Solino, Ruelle Mayard et Rue Saint-Martin, entre autres, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a fait état de 60 morts, des dizaines de disparus ainsi que l’incendie de nombreuses maisons.

LE FACTEUR HAÏTI (LFH)